La signification cosmique de la Saint-Jean-Baptiste

par Daniel COLOGNE

Saint patron de Molenbeek, Jean-Baptiste est fêté le 24 juin, trois jours après le solstice d’été. C’est la période de l’année où les jours commencent à raccourcir. Déjà les cosmogonies pré-chrétiennes désignaient le solstice d’été comme la “porte des hommes”. La “porte des dieux” était associée au solstice d’hiver, quand les jours se mettent à nouveau à rallonger.

Dans le solstice d’été, les Hindous voient l’ouverture du pitri-yâna, “sentier des ancêtres”, moitié descendante du cycle annuel. A l’opposé, le solstice d’hiver inaugure le deva-yâna, “sentier des dieux”, hémicycle ascendant du parcours.

Dans le calendrier festif catholique, la Saint-Jean-Baptiste (ou Saint-Jean d’été) fait face à la Saint-Jean l’Evangéliste (ou Saint-Jean d’hiver, 27 décembre), et de manière encore plus exacte, à la fête de Noël (25 décembre).

L’antagonisme des deux fêtes de la Saint-Jean se reflète dans le double personnage folklorique de “Jean qui pleure” (parce que les jours raccourcissent) et de “Jean qui rit” (parce que les jours rallongent). “Jean qui pleure” est le Baptiste. L’Evangéliste est “Jean qui rit”. L’un et l’autre font écho aux deux faces de la divinité romaine Janus Bifrons.

L’étymologie hébraïque du prénom Jean semble également porteuse d’une ambivalence : “miséricorde de Dieu”, qui s’appliquerait à Jean-Baptiste, et “louange à Dieu”, qui concernerait Jean l’Evangéliste (1). “Jean qui pleure” implore le pardon divin pour le déclin de la lumière. Des lèvres de “Jean qui rit” monte vers le Ciel l’éloge du Soleil à nouveau victorieux des ténèbres.

“Il faut qu’il croisse, et que je diminue” (2), répond Jean-Baptiste à ses disciples qui l’interrogent sur Jésus.

Jean-Baptiste témoigne ainsi de la nécessité de s’effacer devant Jésus, qu’il a certes baptisé dans les eaux du Jourdain, mais dont il ne fait que préparer la voie, et dont il n’est “pas digne, en se baissant de délier la courroie de ses souliers” (3).

Mais ce verset peut aussi faire l’objet d’une interprétation cosmique. La lumière apportée par Jésus est celle du solstice d’hiver, point le plus bas de la course annuelle du Soleil, mais point à partir duquel la clarté doit nécessairement recroître. La lumière apportée par Jean-Baptiste est celle du solstice d’été, point le plus élevé de la course annuelle du Soleil, mais point à partir duquel la clarté ne peut plus que décroître.

C’est pourquoi, à son tour sollicité par ses apôtres pour émettre un avis sur Jean-Baptiste, Jésus évoque la grandeur humaine de ce dernier, mais précise aussitôt : “Cependant, le plus petit dans le Royaume de Dieu (ou Royaume des Cieux, selon les versions) est plus grand que lui” (4).

Le Nouveau Testament lui-même fournit donc, en langage symbolique, la raison profonde de la célébration de la Saint-Jean-Baptiste peu après la “porte des hommes” franchie par le Soleil au solstice d’été.

1. Cf. René Guénon : Symboles de la science sacrée, Paris, Gallimard, 1962, pages 230 à 235.

2. Jean, III, 30.

3. Marc, I, 7. Matthieu, III, 11.

4. Luc, VII, 28. Matthieu, XI, 11.

Pluton et la Mythologie

 

 par Gemini 

Un des douze grands Olympiens.

 Hadès (en latin Pluton), le frère de Zeus (Jupiter) et de Poséidon (Neptune ), fils de Chronos (Saturne). Après la chute de ce dernier il reçoit, lors du partage de l’univers, les espaces souterrains, le royaume des morts

 Hadès ne quitte qu’exceptionnellement sa sombre demeure, notamment pour enlever Perséphone qui devient la Reine des enfers.

 Perséphone, fille de Zeus et de Déméter, occupe une place importante dans le culte de nombreuses villes, déesse du blé et des récoltes étroitement associée à sa mère Déméter dont le culte est essentiellement un rituel agraire basé sur le cycle des morts et des renaissances.

 La descente de Perséphone aux enfers représente le séjour du grain dans les silos. La germination et la moisson du blé figurant l’aspect cultivé, ’’domestiqué ’’ de la terre-mère.

 Le retour de la vie après l’ensevelissement est associé au mythe de Perséphone. Enlevée, puis restituée, elle donne naissance aux rites des “Mystères d’Éleusis”. Le retour sur la terre de la déesse est interprété comme la promesse de sa propre résurrection.

 

 Enlèvement de Proserpine

 Zeus, son père, accepte de donner à Hadès la main de sa fille , encore très jeune, sans consulter Déméter. Il estime qu’ Hadès constitue un excellent parti car il possède un vaste royaume. Le mariage entre oncle et nièce évite la dispersion du patrimoine familial dans la Grèce antique.

 Perséphone, accompagnée de jeunes Océanides, cueille des fleurs dans les bois à proximité d’Enna et trouve un beau narcisse planté par Zeus dans un vallon ombragé. Elle veut s’en emparer lorsque Hadès, surgi sur son char tiré par des coursiers noirs , la capture et l’emmène au royaume des Ombres. Déméter part à sa recherche pendant neuf jours et neuf nuits, sans manger ni boire. Hélios, dieu-soleil (symbole de la chaleur et de la lumière solaire) lui révéla le nom du ravisseur.

 Déméter se retire à Éleusis, loin de la présence des autres dieux, et frappe la terre de sécheresse et de famine, notamment la Sicile qui l’avait trahi pour se venger du rapt de sa fille.

 Zeus intervient pour calmer la colère de sa sœur qui entraînait l’appauvrissement des terres et la disparition des hommes. Il envoie Hermès chercher Perséphone. Étant donné qu’elle n’avait rien mangé depuis qu’elle séjournait aux enfers Hadès lui offre une grenade en signe de cadeau, sachant que la nourriture infernale la rendait inaccessible au monde des vivants. Hadès avait donc un prétexte pour refuser de la laisser partir.

 Zeus trouve un compromis et décide alors qu’elle doit passer six mois par an dans le royaume de son époux. Perséphone vivra auprès de sa mère entre semailles et moissons et rejoindra son mari durant l’hiver.

  

 

 

 

 

 

 

Pluton symbole de l’invisibilité

 

Hadès, était, à l’origine, une divinité bienfaisante protectrice des semences, garante de la prospérité agricole..

 Pluton, dieu romain dérive du grec ploutos, (dispensateur de richesses et des métaux précieux enfouis dans la terre donc invisible ).

Il est souvent représenté par une corne d’abondance à la main. symbolisant les biens qu’il procure, Assis sur un trône, son chien Cerbère assis à ses pieds, qui laisse entrer l’âme des morts mais ne leur permet jamais de sortir.

 Le pouce de la main droite très prononcé = puissance et volonté, l’index de la main plus fort que les autres doigts = juge. ( Jugement dernier…)

Il personnifie la fécondité de la Terre et garantit les récoltes avant de s’assimiler au dieu des Enfers, Hadès, dont le nom signifie ‘’celui que l’on ne voit pas’’. De fait il était coiffé d’un casque qui le rendait invisible ainsi que quiconque le portait.

On l’imagine comme un homme barbu, à l’aspect farouche.

Certes, c’est un dieu terrible, cependant ni monstrueux ni malfaisant mais sans pitié inexorable, juste et implacable, inflexible

Les bons sont récompensés et les méchants sont punis.

La demeure de cette souveraineté sont les ténèbres, l’invisibilité et les profondeurs, avec un entourage très triste et sombre. Une région humide et riche, pleine de volcans avec des sources chaudes, des odeurs de souffre diaboliques.

Il représente tout ce qui se décompose sous la terre, les forces occultes et les endroits où la lumière du soleil ne pénètre pas

 En Astrologie, Pluton est le maître de Scorpion et ’’conduit vers la mort ’’

Il est le Roi des enfers et des morts mais il ne procure pas la mort.

 Le cyprès et le narcisse, l’héliotrope lui sont dédiés. On lui sacrifie des montons noirs et tous les animaux au pelage foncé, l’offrande lui était faite la tête tournée, de préférence la nuit.

 Ses couleurs, en fait toutes les couleurs foncées comme le grenat, violet, brun, cramoisi, noir-rougeâtre. Certains lui attribue le bleu-gentiane.

 Ses pierres, l’améthyste (pierre violette), la tourmaline noire, le jaspe, le grenat, la topaze, l’agate.

 

 

 

 

 

 

 

ATALANTE, LES HESPERIDES ET LES ‘’POMMES D’OR’’

par Daniel COLOGNE

Le Jardin des Hespérides est le Paradis de la mythologie grecque. Il y pousse des arbres fabuleux qui portent des ‘’pommes d’or’’ notamment cueillies par Héraclès (Hercule chez les Romains) lors du onzième de ses célèbres ‘’Douze Travaux’’.

Le symbolisme solaire est évidemment le premier qui vient à l’esprit pour ces fruits précieux confiés à la garde des ‘’filles du soir’’. L’étymologie des ‘’Hespérides’’ a un rapport sans équivoque avec le latin vesper, d’où vient le mot ‘’vêpres’’ désignant dans la liturgie catholique l’office du Soleil couchant.

Le Jardin des Hespérides se réfère donc au moment du cycle journalier où le Soleil disparaît sous l’horizon et prend la direction du Nord. La mythologie grecque affirme ainsi son origine boréenne.

La mémoire des racines (dans l’Espace) et des origines (dans le Temps) constitue la principale signification de la Maison horoscopique contiguë au méridien inférieur (Nadir, Fond du Ciel) et inclinée vers l’Ouest. On peut en déduire l’hypothèse d’un foyer primordial situé au Nord-Ouest.

Pour reprendre le titre anglais de B.G. Tilak, cet ’’artic home’’ serait encore bien antérieur au Paléolithique supérieur d’il y a 30.000 ans et au siège originel indo-européen situé en Sibérie par Rodolphe Badinand (1).

Peut-être faut-il remonter à l’âge pré-glaciaire pour en découvrir des vestiges que le réchauffement climatique pourrait mettre au jour via la fonte de la banquise.

‘’Ile verte’’ : tel est le sens premier de ’’Groenland’’, possession danoise qui assure, avec les Iles britanniques et l’Islande, la continuité territoriale avec la partie la plus septentrionale de l’Amérique du Nord. La nécessaire présence de l’Europe dans le futur ’’Grand Jeu’’ autour de l’Océan Arctique postule un partenariat euro-canadien tout autant qu’euro-russe (2).

Ces digressions géopolitiques sont en apparence très éloignées du présent sujet, mais je crois qu’à notre époque d’hégémonie étatsunienne, et compte tenu de la légitime saturation qu’elle provoque, il est bon de rappeler que tout ce qui vient de l’Atlantique n’est pas forcément mauvais.

Ainsi de prétendus ésotéristes jugent-ils néfaste tout héritage en provenance de la ’’tradition atlantéenne’’ (3).

Guénon lui-même a contribué à tracer ce sillage en situant en Atlantide la révolte des ’’guerriers’’ contre les ’’prêtres et son interprétation du personnage légendaire d’Atalante est en l’occurrence très significative.

Guénon insiste sur le premier coup mortel porté au sanglier de Calydon (symbole druidique de la caste sacerdotale) par Atalante, la vierge chasseresse prenant ainsi la direction de la traque des ‘’guerriers’’ (4).

Certes, dans une note infra-paginale (5), Guénon concède l’existence d’un lien entre Atalante, les ‘’pommes d’or’’ et les Hespérides, mais il n’approfondit pas la question.

Remarquons d’abord la virginité farouche d’Atalante qui jure de n’épouser que celui qui la battra à la course. Pour ralentir Atalante, Hippomène utilise trois ‘’pommes d’or’’. Chaque fois qu’elle le rattrape il laisse tomber une ‘’pomme d’or’’. Atalante s’arrête pour la ramasser et finalement il la prend ainsi de vitesse et gagne le droit de devenir son mari.

La virginité et la sexualité sont présentes dans la mythe grec des origines, peut-être bien plus explicitement que dans la Genèse biblique, et face à l’interprétation qui a fini par prévaloir dans le Christianisme (le ‘’péché originel’’ comme affaire de sexe), et par delà le dégoût que peut inspirer le puritanisme, il n’est peut-être pas nécessaire non plus d’afficher un mépris libertin typiquement moderne.

Libertinage et puritanisme ne sont-ils d’ailleurs pas, comme Révolution et Réaction, progressisme et décadentisme, égalitarisme et racisme, l’avers et le revers de la même médaille ?

Car les Hespérides, gardiennes de la ‘’terre sainte’’ hellénique et du Jardin aux ‘’pommes d’or’’, sont des nymphes : terme qui désigne aussi les lèvres de la vulve. Le seuil du Paradis est ainsi désigné par référence aux organes sexuels féminins externes. Corollairement, la cueillette des fruits est assimilable à la pénétration de la sexualité féminine interne.

L’entrée du Jardin des Hespérides n’est autre que l’horizon lui-même, le Couchant ou le Descendant des astrologues, la ligne qui sépare les ténèbres nocturnes et le Soleil prenant la direction du Nord.

L’apparition des ‘’pommes d’or’’ dans le mythe d’Atalante fait donc de celle-ci un personnage lié à la Borée des origines, et non à l’Atlantide qui lui est largement postérieure.

Afin de perturber la course d’Atalante, Hippomène utilise trois ‘’pommes d’or’’. La présence de ce nombre dans le récit n’est pas due au hasard. Sachant que le nombre d’or est 1,618, considérons la série des nombres et la division de chaque nombre par celui qui le précède. Trois divisé par deux donne 1,5. Quatre divisé par trois donne 1,333. Cinq divisé par quatre donne 1,25. Plus on avance dans la série numérique, plus on s’éloigne du nombre d’or. Le nombre trois est celui qui, divisé par le deux qui le précède, donne le résultat le plus proche de 1,618.

C’est la vitesse de sa course pédestre qui permet à Atalante de porter le premier coup au sanglier de Calydon. Vitesse et course à pied s’unissent pour faire du personnage d’Atalante un symbole de la ligne droite. En revanche, le symbolisme des ’’pommes d’or’’ est celui de la ligne courbe, de la rondeur, de la sphéricité.

Relatif à des événements survenus, durant ‘’l’âge d’or’’, dans la Borée primordiale située au Nord-Ouest, le ‘’grand récit’’ grec des origines pose, à travers les aventures d’Atalante, une question très profonde qui ne se résoud pas par des considérations sur la lutte des castes. Cette question implique un choix entre deux visions du monde respectivement fondées sur la rectilinéarité (vision moderne) et sur la rotondité (vision non moderne).

Fondements de l’astrologie, les figures du cercle (en géométrie plane) et de la sphère (géométrie dans l’espace) font de l’antique art d’Uranie une des plus fécondes alternatives à la modernité, un des plus efficaces remèdes à la fièvre de la vitesse rectilinéaire qui gagne l’humanité depuis quelques siècles et qui atteint aujourd’hui un stade pandémique.

La réintégration de l’astrologie dans les champs de la recherche scientifique et de la réflexion philosophique ne serait peut-être qu’un juste retour aux sources de l’odyssée humaine. Mystérieuses demeurent certes les paroles d’Homère décrivant l’île d’Ogygie comme la terre ‘’où sont les révolutions du Soleil’’. Mais ne peut-on pas légitimement interpréter ces paroles comme la désignation symbolique d’un savoir cosmique primordial ? Nos ancêtres les Boréens n’étaient ni des ‘’prêtres’’ ni des ‘’guerriers’’. Ils étaient des sages connaissant la totalité des cycles cosmiques liés au Soleil et le principe corollaire d’un monde à plusieurs vitesses sur lequel ils alignaient un modèle social aux antipodes de l’ultra-compétition moderne, de sa vitesse unique, de sa folle course rectilinéaire et de son mensonge égalitaire générant des hiérarchies absurdes.

Renouons donc avec la science astrale et la sagesse cosmique des Boréens et bâtissons ainsi les utopies de demain, les villes dont les princes seront des savants.

(1) Cf. Requiem pour la Contre-Révolution, Editions Alexipharmaque, 2008 et principalement le remarquable chapitre intitulé Notes dissidentes sur la Tradition Primordiale (pages 57 à 75).

(2) Cf. L’Unité normande, n°304, juin 2008, et les remarquables articles de Serge G.Sochon sur ‘’La Route du Nord-Ouest’’ et de Gilles Aumont sur ‘’L’Axe du Ponant » ». Signalons dans le même numéro la non moins excellente tribune libre D’Ajaccio à Belgrade de notre ami Georges Feltin-Tracol.

(3) L’Atlantide aurait été engloutie il y a 11.000 ans (selon Platon) : datation crédible, puisque coïncidant avec la fin de l’ère glaciaire.

(4) Symbole de la Science sacrée, Paris, Gallimard, 1962, pages 156 à 162.

(5) Ibid., page 160, note 4.

 

D’où nous viennent ces expressions ?

 « Se croire sorti de la cuisse de Jupiter »

 (cf. Ovide, Métamorphoses, III, 259-312)

 Sur les conseils de Junon, Sémélé voulut voir Jupiter en dieu tout puissant : celui-ci se présenta donc devant elle avec sa foudre et ses éclairs, et Sémélé tomba morte foudroyée. Jupiter enferma alors dans sa cuisse l’enfant qui devait naître de leur union jusqu’à sa naissance. L’enfant devint le jeune dieu Bacchus, joueur de flûte, couronné de pampres et ivre de vie.

 L’expression « se croire sorti de la cuisse de Jupiter »” désigne donc quelqu’un qui se croit supérieur aux autres, qui se prend pour le centre du monde en étant égoïste et égocentrique.

 

« Un travail d’Hercule »

Poursuivi par la haine de Junon, Hercule dut accomplir pour le roi de Mycènes douze tâches considérées comme insurmontables.

Accomplir un travail d’Hercule signifie donc accomplir un travail énorme et pratiquement impossible.

 

« Le supplice de Tantale »

 Pour éprouver la sagacité des dieux, l’ancêtre des Atrides, Tantale, imagina leur servir en repas son propre fils, Cécrops ! Horrifié, Jupiter ressuscita l’enfant et condamna le père à demeurer éternellement sous un arbre fruitier au bord d’une rivière : chaque fois que Tantale veut cueillir un fruit, la branche se relève, chaque fois qu’il veut boire, l’eau se retire.

 Dire « c’est un supplice de Tantale ! » signifie que l’on est incapable d’assouvir un désir ou un besoin alors que la chose convoitée est à portée de main.

« Le tonneau des Danaïdes »

 Danaos fut contraint de marier ses cinquante filles aux cinquante fils de son frère Aegyptos, mais il ordonna à ses filles de poignarder leurs cousins pendant la nuit de noces (toutes obéirent sauf Hypermnestre). En punition de leur crime, les Danaïdes furent condamnées aux Enfers à remplir un tonneau percé.

 L’expression désigne donc un travail inutile et perpétuel.

« Se perdre dans un dédale »

 Dédale était un remarquable architecte. C’est lui que Minos, le roi de Crète, chargea de tracer les plans du labyrinthe, étrange construction composée de couloirs courbes se recoupant les uns les autres, pour y enfermer le Minotaure, monstre anthropophage à la tête de Taureau.

L’inventeur et l’invention se confondent : dédale et labyrinthe sont synonymes.

« Ouvrir la boîte de Pandore »

 Le titan Prométhée ayant créé les hommes sur l’ordre de Jupiter, leur donna le feu et leur apprit toutes sortes d’arts et de sciences. Il trompa même Jupiter lors du partage des animaux sacrifiés entre les hommes et les dieux. Pour se venger, Jupiter demanda aux dieux de fabriquer une femme, Pandore, dotée de tous les charmes, et Mercure lui apprit la curiosité. Elle fut envoyée au frère de Prométhée, Epiméthée, avec une jarre contenant tous les maux et les maladies.

 Pandore, ne sachant pas ce que la jarre contenait, l’ouvrit, poussée par sa curiosité, et tous les maux s’en échappèrent. Seul l’espoir resta à l’intérieur, unique consolation.

 L’expression signifie s’exposer par une initiative imprudente à de graves dangers.

« Être le sosie de quelqu’un »

 Pour séduire Alcmène, de qui naîtra Hercule, Jupiter prit l’apparence de son mari Amphitryon. Pour parfaire la tromperie, Mercure prit les traits de l’esclave de son mari, nommé Sosie. La ressemblance fut si parfaite qu’on ne put les distinguer l’un de l’autre, ce qui entraîna de nombreux quiproquos.

 L’expression signifie avoir une parfaite ressemblance avec quelqu’un.

« Cette femme est une harpie ! »

 Les Harpies sont des divinités funèbres. Ces génies féminins sont des monstres à corps de rapace, aux griffes acérées et à têtes de femmes, elles ont pour rôle d’emmener les âmes des morts aux enfers. Elles venaient notamment voler ou souiller la nourriture du vieux roi aveugle Phinée.

L’expression, peu flatteuse, désigne une femme méchante, acariâtre, synonyme de mégère, furie.

« Le fil d’Ariane »

 Ariane, fille du roi Minos, tomba amoureuse de Thésée, qui décida de pénétrer dans le fameux Labyrinthe de Crète pour abattre le Minotaure. Elle lui offrit alors une bobine de fil que le héros dévida derrière lui afin de ne pas se perdre. Vainqueur du monstre, Thésée n’eut plus qu’à rembobiner le fil dans l’autre sens pour retrouver la sortie.

 L’expression « le fil d’Ariane » caractérise, en référence à cette légende, le moyen qui permet de se diriger au milieu des difficultés, de raisonner.

« Toucher le pactole »

 Le roi légendaire Midas offrit un jour l’hospitalité à Silène, compagnon de Dionysos, et eut alors la possibilité de faire un vœu : il souhaita que tout ce qu’il touchait se transformât en or. Lorsqu’il comprit que cela s’appliquait aussi à sa nourriture, il demanda à renoncer à ce vœu. Il dut pour cela se baigner dans le fleuve Pactole, qui depuis charrie des paillettes d’or !

L’expression signifie devenir très riche.

« Le talon d’Achille »

 Thétis voulut rendre son fils Achille invulnérable en le plongeant dans le Styx (ou en l’enduisant d’ambroisie le jour et en le plongeant dans le feu la nuit).

 Elle fut interrompue par Pélée, le père d’Achille, et, prise de colère, abandonna son enfant, qui resta vulnérable au talon par lequel sa mère l’avait tenu. C’est précisément à cet endroit que le héros fut atteint d’une flèche tirée par le troyen Pâris. Achille en mourut.

L’expression désigne le point faible de quelqu’un.

« Avoir une voix de Stentor »

 Stentor est un personnage de l’Iliade de Homère. C’était un guerrier grec dont la voix d’airain lui permettait de crier « aussi fort que cinquante hommes ». La déesse Héra utilisa la force vocale prodigieuse de Stentor pour stimuler l’ardeur de l’armée grecque lors du siège de Troie. Stentor succomba lors d’une lutte vocale avec Mercure.

L’expression signifie avoir une voix puissante.

« Être médusé »

 Méduse fut transformée en monstre par la jalouse Junon. Coiffée de serpents, son œil brillant changeait en pierre tout homme qui croisait son regard. Persée réussit à tuer Méduse en se servant de son bouclier poli comme un miroir !

 « Être médusé » signifie rester pétrifié, sans voix, en perdant une faction de seconde toutes ses facultés.

« Tomber de Charybde en Scylla »

 Charybde et Scylla sont deux monstres marins qu’Ulysse dut éviter lorsqu’il traversa le détroit de Messine : situés l’un en face de l’autre, le premier absorbait l’eau de la mer et la rejetait trois fois par jour, formant alors un gigantesque tourbillon, le second, monstre pourvu de six têtes, dévorait les navires qui s’approchaient de trop près.

« Tomber de Charybde en Scylla », c’est s’écarter d’un danger pour tomber dans un autre aussi grand.

« Un travail de Titan »

 Les Titans sont les dieux les plus anciens, enfants d’Ouranos (le Ciel) et de Gaïa (la Terre). Zeus combattit les Titans fidèles au Titan Cronos, qui avait avalé ses frères et sœurs. Ce combat (Titanomachie) dura dix ans, ébranla l’univers entier, et il fallut à Zeus le concours de plusieurs dieux pour vaincre ces dieux primaires d’une force surhumaine et d’une taille gigantesque. Les Titans furent précipités au fond du Tartare.

L’expression désigne un travail colossal, presque surhumain.

« Être dans les bras de Morphée »

 Morphée est le fils de Hypnos, dieu du sommeil. Lui-même est le dieu des rêves et des songes. Son nom signifie “celui qui transforme” ou “celui qui reproduit les formes”. Il apporte le rêve aux dormeurs. Ainsi le rôle de Morphée est légèrement déformé, dans l’expression “être dans les bras de Morphée” : il aurait dû être celui d’apporter le rêve et non le sommeil, ce qui est la tâche de son père. Ce qui correspondrait le mieux à Morphée devrait être “emmener aux pays des songes” ou alors l’expression devrait être “dans les bras d’Hypnos” !

 Par ailleurs, le fait de parler de bras nous laisse imaginer une personne nous entourant de sa chaleur, confectionnant de ses bras un berceau de tendresse et nous emmenant doucement vers le calme et le repos.

 L’expression signifie rêver, et par extension et plus communément dormir profondément.

 

(Extrait du site du CDRP de l’Académie de Créteil – Telemaque)